Graisse NLGI 1 ou NLGI 2 : laquelle pour votre machinerie ?
Le chiffre NLGI ne dit pas si une graisse est bonne. Il dit à quel point elle est molle. Confondre les deux mène à des points de graissage qui ne reçoivent rien en janvier.
Devant deux tubes identiques à l’étiquette près, un seul chiffre change : 1 ou 2. Beaucoup d’opérateurs prennent celui qui traîne sur la tablette. Pourtant ce chiffre décide si la graisse atteindra vraiment le palier par -25 °C, ou si elle restera dans le tuyau.
Ce que mesure vraiment l’échelle NLGI
Le grade vient d’un essai simple, normalisé sous ASTM D217 : on laisse tomber un cône calibré dans un échantillon de graisse pendant cinq secondes, et on mesure de combien il s’enfonce. Plus il pénètre, plus la graisse est molle, plus le grade est bas.
| Grade NLGI | Consistance comparable à | Usage typique |
|---|---|---|
| 0 | Moutarde préparée | Semi-liquide, applications industrielles particulières |
| 1 | Pâte de tomate | Froid, longues conduites de graissage |
| 2 | Beurre d’arachide | Usage général, roulements, temps chaud |
| 3 | Saindoux | Roulements à haute vitesse, positions verticales |
Pourquoi la consistance devient critique par grand froid
Une graisse se raidit quand la température baisse — comme tout ce qui contient de l’huile. Une NLGI 2 confortable à graisser en septembre peut demander un effort considérable au pistolet en janvier. Sur une machine avec de longues conduites entre le graisseur et le point à lubrifier, la conséquence est directe : la graisse n’arrive pas au bout.
Le risque n’est pas théorique. Un axe de godet ou une bague de flèche qui ne reçoit pas sa dose travaille métal sur métal sous des charges énormes. L’usure d’un hiver dans ces conditions se paie en jeu, en bruit, puis en reconstruction.
C’est exactement pour cette raison que les gammes sérieuses proposent la même graisse en deux consistances : une version hiver plus molle, une version été plus ferme, avec la même chimie derrière.
La logique saisonnière, appliquée
Chez AMSOIL, les paires sont construites précisément sur ce principe. Deux exemples parlants :
| Usage | Version hiver | Version été |
|---|---|---|
| Machinerie hors route (axes et bagues) | GPOR1 — NLGI 1, huile de base ISO 68, 5 % de bisulfure de molybdène | GPOR2 — NLGI 2, huile de base ISO 150, 5 % de bisulfure de molybdène |
| Camion (axes et bagues) | GPTR1 — NLGI 1, huile de base ISO 68, plage -40 à 163 °C | GPTR2 — NLGI 2, huile de base ISO 220, plage -29 à 177 °C |
Remarquez que ce n’est pas seulement le grade NLGI qui change : la viscosité de l’huile de base change aussi. ISO 68 l’hiver, ISO 150 ou 220 l’été. C’est cohérent — une huile de base plus fluide aide au pompage à froid, une plus épaisse tient le film sous la chaleur.
Ce qui détermine vraiment la performance
Une fois la consistance choisie, trois éléments comptent bien davantage.
L’épaississant
C’est la structure qui retient l’huile, comme une éponge. Complexe de sulfonate de calcium, complexe de lithium, polyurée : chacun a son comportement face à l’eau, à la chaleur et aux chocs. Le sulfonate de calcium se distingue notamment par sa tenue en présence d’eau — un vrai sujet sur de la machinerie qui travaille dans la boue.
La viscosité de l’huile de base
C’est l’huile qui lubrifie, pas l’épaississant. Une graisse à base ISO 220 sépare mieux les surfaces sous forte charge lente qu’une ISO 68. C’est souvent le facteur le plus déterminant, et le moins regardé.
Le point de goutte et la charge Timken
Le point de goutte indique la température à laquelle la graisse perd sa structure et coule. La charge Timken donne une idée de sa résistance à la pression extrême. Ce sont ces chiffres-là, pas le grade NLGI, qui disent si une graisse tiendra sur un axe chargé.
Nous avons détaillé ces notions dans un regard plus approfondi sur la graisse et dans de quel type de graisse ai-je besoin.
Le piège du mélange d’épaississants
Changer de graisse sans vider l’ancienne n’est pas anodin. Certains épaississants sont chimiquement incompatibles : mélangés, ils se ramollissent jusqu’à couler, ou durcissent au point de bloquer le passage. Dans les deux cas, la lubrification cesse alors que le graisseur semble avoir fait son travail.
Comment décider, concrètement
- Regardez d’abord le manuel de la machine : il donne souvent un grade NLGI et une viscosité de base minimale.
- Tenez compte de la longueur des conduites. Plus le trajet est long entre le graisseur et le point, plus la NLGI 1 se justifie en hiver.
- Regardez la température réelle de travail, pas la moyenne saisonnière. Une machine qui démarre à -25 °C et chauffe ensuite vit les deux extrêmes.
- Choisissez la chimie avant la consistance. Eau, chocs, chaleur : ces contraintes déterminent l’épaississant, et le grade NLGI vient après.
Pour comparer les produits par application et par saison, la charte complète des graisses synthétiques présente chaque référence avec son savon, sa viscosité, son point de goutte et sa plage de température.
Les graisses AMSOIL, par saison et par usage
La gamme est construite exactement sur la logique décrite plus haut : une version plus molle pour l’hiver, une version plus ferme pour l’été, avec la même chimie de sulfonate de calcium.
| Produit | NLGI | Huile de base | Plage d’utilisation | Usage |
|---|---|---|---|---|
| GPOR1 | 1 | ISO 68 | -34 à 40 °C | Machinerie hors route, hiver — 5 % de moly |
| GPOR2 | 2 | ISO 150 | -23 à 54 °C | Machinerie hors route, été — 5 % de moly |
| GPTR1 | 1 | ISO 68 | -40 à 163 °C | Camion, hiver |
| GPTR2 | 2 | ISO 220 | -29 à 177 °C | Camion, été |
| GLC | 2 | ISO 220 | -40 à 177 °C | Roulements, multi-applications — 4 saisons |
Voir la charte complète des graisses, avec point de goutte et charge Timken →
Un doute sur ce que demande votre machine ?
Donnez-moi la marque, le modèle et les conditions de travail. Je vous dis quelle consistance et quelle chimie conviennent — et si ce que vous utilisez déjà fait l’affaire.
Écrire à BrunoQuestions fréquentes
Peut-on utiliser une NLGI 1 toute l’année ?
C’est possible sur certains équipements, mais une graisse plus molle se laisse davantage chasser du point de contact sous forte charge et se délave plus facilement. En plein été, sur de la machinerie chargée, la NLGI 2 tient mieux en place.
Une NLGI 1 est-elle moins performante qu’une NLGI 2 ?
Non — ce sont deux consistances, pas deux niveaux de qualité. Une NLGI 1 bien formulée protège mieux qu’une NLGI 2 bas de gamme. Ce sont l’épaississant, la viscosité de base et les additifs qui font la performance.
Comment savoir si ma graisse ne se rend pas au bout de la conduite ?
Le premier signe est l’effort au pistolet : si vous devez forcer anormalement en hiver alors que le même point passe bien en été, la graisse est trop ferme pour la température. Le second signe est l’absence de bourrelet frais au joint après graissage.
Le molybdène est-il toujours souhaitable ?
Il est très utile sur les axes et bagues soumis à des charges élevées et à des mouvements lents ou oscillants — typiquement les points d’articulation d’une pelle. Sur des roulements tournant vite, il n’apporte pas le même bénéfice.
Deux graisses de la même couleur sont-elles compatibles ?
La couleur est un choix du fabricant, pas une information technique. Deux graisses rouges peuvent avoir des épaississants incompatibles. Fiez-vous à la fiche technique, jamais à la teinte.


